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Otherside, le métavers de Yuga Labs : ouvert dans le navigateur, avec des Otherdeed à 146 dollars

Une vente à plus de 300 millions de dollars en 2022, une ouverture au public fin 2025 et une économie de ressources encore sans date.

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Le 30 avril 2022, Yuga Labs, la société derrière les singes du Bored Ape Yacht Club, mettait en vente les terrains de son métavers, Otherside, sous la forme de NFT appelés Otherdeed. La vente a rapporté plus de 300 millions de dollars en quelques heures, au prix d'une flambée des frais de gas restée célèbre sur Ethereum, et elle reste à ce jour l'une des plus grosses ventes de terrains virtuels jamais réalisées. Quatre ans et demi plus tard, Otherside est enfin ouvert au public, et nous avons voulu le regarder avec les chiffres du 6 novembre 2026 : ce que l'on peut y faire, ce que l'on y achète, et ce que valent aujourd'hui ces terrains.

Avril 2022 : 305 APE pour un terrain

Chaque Otherdeed se payait 305 APE, le jeton de l'écosystème lancé six semaines plus tôt et gouverné par une DAO, ce qui représentait alors plusieurs milliers de dollars. Selon CoinGecko, l'APE a d'ailleurs atteint son record absolu, 26,70 dollars, le 28 avril 2022, deux jours avant la vente ; il valait 0,11 dollar le 6 novembre 2026, soit 99,6 % de moins, pour une capitalisation d'environ 110 millions de dollars. Précisons au passage que l'offre de l'APE est d'un milliard de jetons, tous en circulation selon CoinGecko, même si un article récent parle encore d'un plafond de 450 millions.

Pendant plus de trois ans, Otherside n'a existé que par épisodes, sous la forme de démonstrations à accès limité, la première, baptisée First Trip, remontant à juillet 2022. En juin 2025, Yuga Labs présentait encore des outils de création assistés par intelligence artificielle, un jeu de tir en huit contre huit et un espace social pouvant accueillir 500 personnes, en rappelant qu'un test multijoueur avait réuni plus de 2 100 joueurs sur un même serveur, un record homologué par le Guinness.

Le 12 novembre 2025, la porte s'ouvre dans le navigateur

Le vrai changement date du 12 novembre 2025, quand Otherside a ouvert au public, dans un simple navigateur, avec une inscription par adresse e-mail et un portefeuille devenu facultatif. On y trouvait au lancement un monde social sur le thème des singes, un espace central appelé Nexus, plusieurs jeux de la communauté et des salons audio. « Nous pensons que la barrière à l'entrée doit être très basse pour quelqu'un qui veut essayer Otherside », expliquait alors Michael Figge, directeur des produits de Yuga Labs.

Le modèle économique de cette ouverture n'est d'ailleurs pas le terrain, mais l'avatar : Yuga vend des personnages appelés Voyagers, que Michael Figge comparait aux skins des jeux traditionnels, avec des collaborations comme celle de l'artiste Daniel Arsham ou des avatars cobrandés vendus sur le site d'Amazon. On retrouve donc ici le même mouvement que chez Decentraland ou The Sandbox : ouvrir les portes à ceux qui n'ont pas de portefeuille, et vendre quelque chose de plus simple qu'un terrain.

Septembre 2026 : une économie de ressources, et l'APE comme seule porte

Les terrains devraient pourtant retrouver un rôle. Le 9 septembre 2026, Yuga Labs a présenté l'économie des ressources d'Otherside, telle que l'a résumée le site BlockchainGamerBiz : 74 ressources enregistrées sur la blockchain, des propriétaires d'Otherdeed qui pourront fixer une taxe de récolte payée par les joueurs venus ramasser des ressources sur leur terrain, et l'APE comme seul moyen de faire entrer ou sortir de la valeur de cette économie. Les tests communautaires doivent commencer sur des terrains appartenant à Yuga, avec une partie seulement des ressources, qui pourront être remises à zéro.

Beaucoup de choses restent cependant à préciser. Yuga n'a publié ni limite pour les taxes de récolte, ni explication sur la manière dont elles seront perçues, ni date précise ; la seule indication de calendrier est que les Voyagers prendront leur envol « en 2026 », ce qui laisse moins de deux mois à l'entreprise pour tenir parole.

Les chiffres du 6 novembre

En-tête de la collection Otherdeed for Otherside sur OpenSea le 6 novembre 2026 : 32 799 objets, avril 2022, 1 % de redevance, prix plancher de 145,59 dollars, meilleure offre de 133,96 dollars, volume sur 24 heures de 1 084,85 dollars, volume total de 1,3 milliard, 270 objets en vente et 13 775 propriétaires uniques.
La collection d'origine sur OpenSea, le 6 novembre 2026. Le prix plancher est de 145,59 dollars et le volume total dépasse 1,3 milliard, mais la journée n'a vu passer qu'un peu plus de mille dollars d'échanges.

Sur la place de marché OpenSea, la collection d'origine, Otherdeed for Otherside, affichait le 6 novembre 2026 un prix plancher de 145,59 dollars, soit environ 0,065 ether, avec une meilleure offre à 133,96 dollars. Le volume total accumulé depuis 2022 dépasse 1,3 milliard de dollars, mais le volume des dernières 24 heures n'était que de 1 084,85 dollars. La collection compte 32 799 objets pour 13 775 propriétaires uniques, et seuls 270 étaient en vente ; une seconde collection, Otherdeed Expanded, ouverte par Yuga Labs en avril 2023, en compte 70 372, avec un prix plancher voisin.

Un calcul mérite d'être fait. Exprimé en APE, le prix plancher vaut aujourd'hui environ 1 300 APE, plus de quatre fois le prix de la vente de 2022 : un acheteur qui aurait gardé ses APE plutôt que d'acheter un terrain aurait donc perdu davantage. Cela dit moins la bonne santé des Otherdeed que l'effondrement de l'APE, et en dollars la chute reste brutale, puisque le terrain payé plusieurs milliers de dollars en vaut aujourd'hui moins de cent cinquante.

Notre avis

Otherside est l'exemple le plus net d'un métavers vendu avant d'exister. Les terrains ont été payés en 2022, le monde a ouvert fin 2025, et l'économie qui devait donner un sens à ces terrains n'est encore, en novembre 2026, qu'une annonce sans date précise. Ce qui a été construit entre-temps n'est pas négligeable, et l'ouverture dans le navigateur va dans la bonne direction ; mais le modèle qui fait vivre la plateforme aujourd'hui, la vente d'avatars, n'a plus grand-chose à voir avec la promesse faite aux acheteurs de terrains. Nous pensons qu'il faut juger Otherside sur ce qu'il propose aux joueurs, et non sur le prix des Otherdeed, qui ne mesure plus grand-chose.

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