Jetons play-to-earn : qui est en gain depuis le lancement
Ils sont tous descendus de leur sommet. La question est de savoir qui, parti du début, est encore en gain.
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Tous les classements de jetons de jeu mesurent la même chose, la chute depuis le sommet, et c'est un chiffre à la fois spectaculaire et vide : il est identique partout. Sur les dix-huit jetons relevés le 30 octobre 2026, ils sont descendus sans une seule exception, du moins touché au plus démoli, de 89 % à 99,95 %. Une mesure qui rend le même verdict pour tout le monde a cessé de distinguer quoi que ce soit.
La question qui sépare vraiment ces jetons est une autre, et presque personne ne la pose : celui qui était là au départ, aujourd'hui, est-il en gain ? C'est une seconde lecture du même prix, et elle ne donne pas du tout la même réponse. Sur les dix-huit, quatre valent plus que leur prix de lancement, neuf valent moins, et pour cinq la donnée n'existe pas. Le tableau complet, avec les deux colonnes côte à côte, tient sur la page des jetons des jeux ; ici, nous expliquons ce qu'il faut y lire.
Deux lectures du même prix, deux réponses opposées
Les deux colonnes ne s'additionnent pas et ne se contredisent pas. Un jeton peut valoir aujourd'hui plus qu'à son lancement et, en même temps, moins d'un centième de son sommet : cela signifie que celui qui est entré au début est en gain, et que celui qui est entré au moment du plus grand enthousiasme a presque tout perdu. À gauche compte le point de départ, à droite la hauteur de la vague, et il n'y a aucune contradiction à être très haut dans l'une et au fond de l'autre.
Cette distinction a une conséquence immédiate. Un jeton à −99 % de son sommet ne dit rien de l'affaire qu'il a été : seulement qu'il y a eu, un jour, un prix que plus personne ne paie. L'inverse vaut également : un jeton en gain depuis le lancement n'est pas pour autant un jeu qui marche, et nous allons voir que c'est même souvent le contraire.
Les quatre qui sont en gain
En tête, Axie Infinity, et de très loin. Le jeton AXS est parti le 4 novembre 2020 à 0,161 $ et vaut 0,862 $ au relevé, soit +432,45 % ; dans le même mouvement, il se trouve à −99,48 % du sommet de 164,90 $ touché le 6 novembre 2021. Les deux chiffres décrivent le même jeton, le même jour, et c'est exactement pourquoi il faut les lire ensemble.
Derrière viennent Decentraland, dont le MANA, parti à 0,026 $ en septembre 2017, affiche +175,44 %, puis le MAGIC de Treasure à +107,60 %, et enfin le GALA de Gala Games, en gain de justesse : 0,00165 $ contre 0,00132 $ au départ, soit +25,39 %. Après six ans, c'est un rendement que n'importe quel livret aurait battu sans se forcer, mais c'est un gain, et c'est tout ce que la colonne prétend dire.
Un détail qui compte : le plus ancien jeton du lot, le MANA, porte aussi le deuxième gain le plus élevé. Partir tôt aide donc, en pratique, mais ce n'est évidemment pas une recette, puisque le deuxième et le troisième plus anciens, le WAXP et le SAND, figurent tous les deux dans la colonne d'en face.
Les neuf qui sont en perte, décimales comprises
La liste des perdants s'étend de −73,43 % pour le SAND de The Sandbox jusqu'à −99,98 % pour le TLM d'Alien Worlds, en passant par le WAXP de WAX à −82,80 %, le PRIME de Parallel à −91,84 %, l'ILV d'Illuvium à −96,74 %, l'IMX d'Immutable à −98,08 %, le YGG de Yield Guild Games à −98,83 %, le PIXEL de Pixels à −99,14 % et le GODS de Gods Unchained à −99,65 %.
Ces décimales ne sont pas de la coquetterie. Un −99,98 % arrondi devient « −100 % », c'est-à-dire zéro, et zéro est faux : un jeton réduit à zéro ne s'échange plus, alors que ceux-là s'échangent tous, tous les jours, à des prix que l'on peut relever. Le TLM se traite à 0,00123 $, le GODS à 0,021 $, le PIXEL à 0,0043 $. Ce sont des prix minuscules, ce ne sont pas des prix nuls, et la distinction n'est pas rhétorique : entre un marché résiduel et un marché éteint, il y a toute la différence qui sépare un actif encore vendable d'un actif que plus aucune plateforme ne cote. Le LUNA, retiré des grands marchés après l'effondrement de Terra / Luna, montre à quoi ressemble un vrai zéro.
Deux cas méritent d'être mis côte à côte, parce qu'ils racontent la même histoire à trois ans d'écart. L'IMX d'Immutable est lancé le 5 novembre 2021 à 6,09 $ et touche son sommet de 9,52 $ le 25 novembre, vingt jours plus tard. Le PIXEL de Pixels est lancé le 19 février 2024 à 0,50 $ et touche le sien, 1,017 $, le 10 mars, vingt jours plus tard lui aussi. Dans les deux cas, toute la hausse de la vie du jeton tient dans trois semaines, et tout le reste est une descente : celui qui a acheté un mois après le lancement n'a jamais connu autre chose.
Les cinq cases vides, et pourquoi elles le restent
Pour cinq jetons — le RON de Ronin, le BEAM de la chaîne du même nom, le SUPER de SuperVerse, le SPS de Splinterlands et l'ATLAS de Star Atlas — la colonne du lancement est vide, et elle le restera tant que nous n'aurons pas mieux. Une case vide vaut mieux que le chiffre d'une autre monnaie, et c'est très exactement le risque : la source qui publie les prix de lancement s'interroge par sigle, et les sigles se répètent d'une monnaie à l'autre. Demander « BEAM » renvoie une monnaie confidentielle de 2019 qui n'a jamais eu le moindre rapport avec une chaîne de jeu.
Nous aurions pu remplir ces cinq cases en une minute, et publier cinq chiffres faux avec l'aplomb que donne un tableau bien aligné. C'est, du reste, la façon dont circulent la plupart des chiffres de ce secteur. Deux autres jetons, l'ILV et le MAGIC, posent une version plus douce du même problème : leur prix de départ est documenté, leur date de lancement non, si bien que le pourcentage existe sans que l'on puisse dire depuis quand il court.
Ces cinq-là ne disparaissent pas pour autant de la lecture, parce que la colonne du sommet, elle, est renseignée. Le BEAM est le jeton le moins tombé de tout le lot, à −89,75 %, et c'est aussi la plus grosse capitalisation des dix-huit, 232 millions de dollars ; l'ATLAS de Star Atlas est le plus tombé, à −99,95 %, avec une capitalisation de 3,1 millions. Toutes les dix-huit réunies pèsent environ 1,13 milliard de dollars, soit moins du tiers de ce que Reality Labs, la division métavers de Meta, a perdu en exploitation sur le seul troisième trimestre 2026, 4,129 milliards selon ses propres comptes.
Deux chiffres qui ne tiennent pas ensemble
Il faut le dire franchement, parce que cela ne se voit pas dans un tableau : deux lignes contiennent des nombres incompatibles, et nous les publions quand même, en signalant lesquels.
Le premier est le TLM d'Alien Worlds. Le prix de lancement retenu est de 5,77 $ au 13 avril 2021, tandis que le sommet historique enregistré par l'autre source est de 0,74 $ au 2 mai 2021. Un jeton ne peut pas avoir un maximum inférieur à son prix de départ ; les deux nombres ne viennent donc pas de la même série, et le −99,98 % repose sur celui des deux qui est le plus douteux. Le second est le WAXP : son sommet est daté du 8 janvier 2018, soit près de dix-huit mois avant la date de lancement que donne la même ligne. Là encore, un sigle pour deux objets.
Aucune des deux anomalies ne change le classement, et c'est peut-être ce qu'elles ont de plus intéressant : même en jetant la ligne du TLM, le verdict d'ensemble tient, quatre en gain et huit en perte au lieu de neuf. Nous préférons néanmoins une donnée signalée comme douteuse à une donnée propre et silencieuse.
Ce que le prix ne dit pas du jeu
Un prix de jeton dit très peu du jeu auquel il est attaché, et confondre les deux est l'erreur la plus répandue du secteur. Le prix mesure ce que quelqu'un accepte de payer ; l'activité, elle, se mesure ailleurs. Dans le cas d'Alien Worlds, les deux concordent, et c'est le compteur du marché qui le montre le mieux.
Ailleurs, les deux divergent franchement. Les chaînes construites pour héberger des jeux ont souvent changé de métier en route, sans changer de nom, et il suffit d'ouvrir leur page d'accueil pour s'en apercevoir.
Flow ne fait pas partie des dix-huit, et nous la citons pour la direction qu'elle montre, pas pour un chiffre. Cette direction-là explique pourtant une bonne part de la colonne de gauche : plusieurs des jetons en gain le doivent à ce que leur écosystème est devenu, c'est-à-dire à des usages financiers qui n'ont plus grand-chose à voir avec le fait de jouer.
Ce qu'il faut en retenir
Ce relevé n'est pas un palmarès de ce qu'il faudrait acheter, et il serait malhonnête de le présenter ainsi : ce sont des données de marché prises un jour donné et alignées, nous ne disons pas ce qu'elles feront demain et personne ne le sait. Ce qu'elles établissent, en revanche, est net. Le sommet ne discrimine rien, puisque tout le monde en est tombé ; le prix de lancement, lui, sépare bel et bien le lot en deux, et il le sépare autrement que ne le feraient la notoriété du jeu ou la taille de sa communauté.
Pour le reste, le constat le plus utile tient dans une comparaison. Quand nous classions les jetons du secteur par capitalisation, c'était en y voyant un baromètre de leur réussite ; or la capitalisation d'aujourd'hui ne dit rien de la colonne de gauche. Parmi les cinq plus grosses du lot, deux sont en gain depuis le lancement, deux sont en perte, et la cinquième, qui est la plus grosse de toutes, est justement l'une de celles dont le prix de départ n'est pas documenté. Qui aborde le modèle play-to-earn en se fiant au cours d'un jeton regarde donc l'instrument le moins informatif dont il dispose.
Les données de marché et les sommets historiques viennent de CoinGecko — Powered by CoinGecko, formule qui reste en anglais parce que c'est celle que leurs conditions imposent —, les prix et les dates de lancement de CoinCodex. Le tout a été relevé le 30 octobre 2026 et n'a pas été mis à jour depuis.


